Nature Geoscience - Decline of fog, mist and haze in Europe

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Nature Geoscience - Decline of fog, mist and haze in Europe

Message  seon42 le Lun 2 Fév 2009 - 20:52

C'est un article publié dans le n° du 18 janvier de Nature Geoscience.
Lien : http://dx.doi.org/10.1038/NGEO414

Suivant comment on le lit, on aboutit à différentes manchettes de journaux (simple recherche de "brouillards" dans Google News) :
AFP - La diminution des brouillards a contribué au réchauffement de l'Europe
Le Figaro - En Europe, le réchauffement pourrait ralentir

Je ne vais pas parler de l'évolution des valeurs régionales. C'est un sujet bien connu, déjà par le ressenti puis par les observations. Je vous prierais de vous reporter au site de Michel pour les données et à cette discussion sur Infoclimat de septembre 2007.

Vous me connaissez, je préfère aborder des thèmes qui sortent des sentiers battus, ou plus exactement privilégier l'approche interdisciplinaire (cela me rappelle le cours d'un prof de fac sur les différences entre pluri-, multi-, interdisciplinaire Smile ).


En préliminaire et un peu HS, quelques expressions bien de chez nous.

Aller chercher (quelquechose) sur les brouillards de Rhône/Loire : un peu l'équivalent de "tu peux toujours courir".
A noter qu'en patois chercher se dit kér(i) (=quérir) et qu'on n'utilise jamais d'article devant les noms de cours d'eau (de Léri ; voir la Chanson sur l'expérience aérostatique dans la discussion Toponymie).
Egalement remarquer que les usages sont fonction de l'histoire-géo et non des limites départementales. Ainsi je citerai l'exemple des Mots qui ne font pas regret - Particularités du français parlé à Rive-de-Gier :
"Si tu veux une augmentation, tu peux aller la chercher sur les brouillards du Rhône".
[Première mention connue : Puitspelu dans son Littré de la Grand'Côte]

Et une expression de Saint-Bonnet : Il est parti sur les brouillards de Loire c'est à dire il est parti au loin. En saison hivernale on domine en effet les mers de nuage qui s'étendent jusqu'à perte de vue.


J'en viens au vif du sujet : les périodes de forts brouillards, dûes aux éruptions volcaniques, vues par le peuple.
Je zappe la Year without summer (1816) suite à l'éruption du Tambora indonésien pour me concentrer sur l'éruption volcanique européenne numéro 1 de ces derniers siècles : celle du Laki (Islande) en 1783-1784.
Les auteurs de l'article de Nature sont des spécialistes du climat européen du dernier millénaire. En 1783-1785 on est déjà, depuis longtemps, dans la période instrumentale (= on a des données) mais je n'évoquerai que le vécu des habitants de nos départements.

L'idée m'est venu ce matin suite à un message sur la liste de généalogie, GénéaGier. Une membre signalait les commentaires du curé de Saint-Andéol-le-Château sur les terribles inondations de la Toussaint 1777.
Pour 1783 et les années suivantes, plusieurs curés de la région ont rapporté les conséquences météo de l'éruption du Laki... d'ailleurs l'Islande étant loin on signalait surtout dans le séisme de Messine comme cataclysme du moment.
Sur ce dernier évènement voir l'excellente base de données The Earthquake Engineering Online Archive : http://nisee.berkeley.edu/elibrary/ (taper Messina)

GénéaGier prend en photo nos anciens registres et pour leur faire un petit coup de pub Rolling Eyes, je mettrais les liens vers les textes.
Tout d'abord à Coise :
A mis juin il commenceat a reigner des brouillard secs qui couvroient le pais et le soleil a son levé et a son couché paroissoit fort rouge. Dans le jour il ne paroissait qu'a travers les brouillards et encor rarement. Et cela a duré jusqu'au 4e juillet et par reprise [suit une histoire se déroulant à la Grand Val et à la Petite Val Wink]
Lien : http://geneagier.com/prec_suiv.php?phot_id=photos%20registres/Coise/1777_1792%20BMS/Photo%200115.jpg
Puis Les Haies :
Les brouillards ont été de longue durée très épais et en général dans toute l'europe il n'y a que le plus ou le moins. Il y a des endroits ou ils ont occasionné beaucoup de maladies. Dans le pais dieu nous a préservé de maladies. Je souhaite qu'il nous en préserve l'année qui commence.
Liens :
http://geneagier.com/prec_suiv.php?phot_id=photos%20registres/Les_Haies/1773_1792%20BMS/Photo%200180.jpg
http://geneagier.com/prec_suiv.php?phot_id=photos%20registres/Les_Haies/1773_1792%20BMS/Photo%200181.jpg
On en parle aussi dans les registres de Cogny, Chiroubles, Azolette (Rhône), Mars, Saint-Priest-la-Prugne (Loire), ...
Je recopie l'abbé CANARD pour ces paroisses :
Cogny :
Il a reigné cette année pendant les trois premières semaines de juillet, des brouillards fort épais, et dont les plus viellards n'avaient jamais [vu] de pareils dans l'été. A travers ces brouillards on fixait aisément le soleil qui dans son lever et son son coucher, pendant ces trois semaines, a toujours paru couleur de sang très foncé.
Chiroubles :
Nous avons eu aussi pendant six semaines de l'été, depuis le 13 juin jusqu'à la fin de juillet, des brouillards secs et tellement qu'ils ne ternissoient point une glace et ne liquéfioient point le sel, si épais qu'en plusieurs endroits à peine voyait-on se conduire, et qui ont couvert généralement tout l'horizon et répandus sur toute l'Europe. Tels sont les phénomènes inouis arrivés dans le cours de cette année 1783.
Azolette :
[suite au tremblement de terre du 6 juillet matin (1)] cette commotion fust précéddée d'un phénomène singulier, lequel ne l'annonçoit pourtant pas. Dès le quinze juin l'air se couvrit d'une espèce de brouillard très peu dense qui n'empêchoit pas que le soleil dardat tous ses feux, mais il était d'un rougeur sanguinolente, cela dura ici quinze jours et près de trois semaines en Bourgogne: personne ne se souvenoit d'avoir rien vu de semblable, en été surtout. Quelques physiciens prétendirent que ces vapeurs qui occasionnoient cette rougeur, étoient une suite des tremblemens de terre de Messine et de la Calabre; mais ce qui paraît détruire cette opinion, c'est que ces vapeurs et cette couleur écarlate dans le soleil furent aussi sensibles à Stokolm et dans tout le nord de l'Europe qu'ici.
Mars [y'en-a-t-il qui se transmettrait le mot ?] :
L'air se couvrit d'une espèce de brouillard très peu dense, qui n'arrêtait pas la lumière du soleil, mais il était d'une rougeur sanguinolente. cela dura dans notre pays à peu près quinze jours, et trois semaines en Bourgogne.
Saint-Priest-la-Prugne :
On apperçu dans la saison d'étée de l'an 1783, et cela pendant plusieurs jours une rougeur sanguine au soleil tous les matins à son levé jusqu'à neuf heures du matin et depuis les cinq ou six heures du soir et une grande partie de la nuit cette rougeur reparaissait, en sorte qu'on avait peine à reconnaître au milieu de ces signes effrayants cet astre qui jusque là avait présidé au jour. [à la fin on se croirait dans un thriller, non ?]


Les deux hivers suivants ont connu d'énormes chutes de neige (plusieurs chutes > 40 cm en plaine lors de ces hivers).
Notamment l'épisode concernant les jours suivants le 8 décembre 1784 : 40 à 60 cm en plaine. Le curé d'Azolette, qui signale la présence de neige au sol de décembre à la fin avril, est surpris de ne relever que 35-40 cm alors que les plaines aussi bien du côté de la Loire que que la Saône sont sous 50-60 cm (18 pouces du roi -environ 2,7 cm- à Orliénas, 20 à Lentilly, 22 à Pouilly-le-Monial et Frontenas). Dans ce dernier village, comme ailleurs, bonne fonte en janvier (très doux et pluvieux)... pendant quelques jours plus de neige au sol mais ce n'est qu'un court intermède avant de grosses chutes. En effet plusieurs épisodes de 30-50 cm, en plaine, de fin janvier à avril : le 13 mars elle est accompagnée d'une forte bise, formation d'énormes congères et circulation quasi impossible.
Comme aujourd'hui on rencontre souvent les commentaires style "du jamais vu", "on a demandé aux vieillards c'est la première fois qu'il se produit", ...
Je parle de la neige mais ces années le temps était vraiment "détraqué" : alternance de sécheresses graves et de fortes pluies, périodes de douceur en hiver, neige en été, ....

J'utilise encore les photos numériques de GénéaGier pour illustrer un terme régional : la sibère / sibérer.
Les Haies pour 1784 :
http://geneagier.com/prec_suiv.php?phot_id=photos%20registres/Les_Haies/1773_1792%20BMS/Photo%200196.jpg
http://geneagier.com/prec_suiv.php?phot_id=photos%20registres/Les_Haies/1773_1792%20BMS/Photo%200197.jpg
A la fin, sur l'épisode de décembre 1784 :
Il a commencé a tomber de la neigne le onze decembre et n'a pas discontinué de vingt quatre heures. On ne se souvient point d'en avoir vu tant et durer si longtems a cause du grand froid qui a été très rude, accompagné d'une sibere ou vent d'auvergne qu'il n'y avoit pas moyen de sortir.

Pour ne pas divaguer dans tous les sens lol!, je vais donner la parole à Jean-Baptiste MARTIN. Ce professeur est un yssingelais de sang (et de langue) mais aussi grand spécialiste du francoprovençal (même si dans la méthode Assimil Francoprovençal de poche il met des articles devant nos noms de fleuves et rivières No).
Dans les Mélanges offerts à Xavier RAVIER il a écrit un sympathique petit article, Régionalismes vellaves d'origine stéphanoise ou lyonnaise.

Jean-Baptiste MARTIN a écrit:Sibérer "faire une tourmente de neige"
Le régionalisme lexical sibérer est bien vivant dans tout l'est du Velay, en particulier l'Yssingelais. Il est utilisé à côté de burler qui, lui, est usuel dans l'ensemble du Velay. La grande vitalité de ces deux verbes tient sans doute au fait qu'ils comblent un trou lexical, le français n'ayant pas de verbe spécifique pour exprimer cette réalité bien présente et fort redoutée pendant l'hiver sur les hauts plateaux vellaves.
La partie du Velay qui connaît le type sibérer en français régional ne l'emploie pas en dialecte, puisque les seules formes diaclectales connues (cf. ALMC c. 49 et ALLy c. 801) sont burlar (continuateur de *BRAGULLARE, FEW 1, 491) et sirar (dérivé de SIDUS, -ERIS, FEW 11, 592). L'ALLy montre qu'en patois le type sibérer est utilisé dans toute la région stéphanoise (ainsi que dans la partie contiguë de l'Ardèche et de l'Isère).
La documentation disponible prouve qu'en français régional sibérer est bien vivant dans la région stéphanoise (il est attesté par Dorna-Lyotard et par Mme Maurel, et la carte de l'ALLy porte elle-même le titre "ça sibère"). Il s'agit donc d'un régionalisme stéphanois qui s'est étendu sur une bonne partie du Velay où il a rencontré burler, régionalisme autochtone puisqu'il continue la forme dialectale burlar. J'ai d'ailleurs pu constater que dans cette région sibérer semble appartenir à un niveau de langue plus recherché ; il apparaît plus français que burler. Cela s'explique sans doute par le fait qu'aucun lien avec le substrat dialectal ne peut être établi par les locuteurs et qu'il est facilement rattaché à Sibérie (région dont les caractéristiques climatiques ne sont pas sans lien avec la tempête de neige).

Et les altiligériens ont amené burler dans le sud de la Loire ! Echange de bons procédés.... Contrairement à J.-B. MARTIN je n'aurais pas donné d'étymologie pour sirer/sibérer, il y a un gros flou sur la question (terme ancien et répandu).

(1) Les auteurs de SisFrance devraient consulter le bouquin de CANARD. Le séisme du 06/07/1783 est signalé à Chiroubles, Azolette et Mars. Idem pour le séisme vellave du 24/06/1772 qualifié de Peu sûr (Indice de fiabilité) : il a été ressenti et signalé dans toute la chaîne des Monts du Forez (registres de Chazelles-sur-Lavieu et Renaison).

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