Ce terrible hiver 1956...

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Ce terrible hiver 1956...

Message  René Serrière le Jeu 26 Oct 2006 - 8:37

Un article de Emmanuel Le Roy Ladurie paru dans le n° 314 de la revue "L'Histoire".
Ce sujet nest pas nouveau, mais c'est fort bien écrit : corréler l'histoire humaine et le climat est l'une des spécialités de Le Roy Ladurie.

Article à lire sur mon site à la page "archives" en fin de matinée de ce 26.10
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René Serrière

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Re: Ce terrible hiver 1956...

Message  René Serrière le Jeu 26 Oct 2006 - 11:51

Décidemment, Le Roy Ladurie est à la mode :

Intempéries et révolutions,
par Emmanuel Le Roy Ladurie

LE MONDE | 24.10.06 | 14h15 • Mis à jour le 24.10.06 | 14h15

Trois grands acteurs déterminent l'adversité anti-récoltes. Il y a d'abord les dépressions venues de l'Atlantique, porteuses de précipitations excessives, ainsi en 1315, en 1692, en 1816, etc. ; en second lieu, les très grands hivers, nés des incursions d'air arctique : je pense à 1709, à 1956 et à bien d'autres millésimes glacés ; enfin les canicules estivales dérivant d'un impérialisme de l'anticyclone des Açores sur nos territoires avec effet négatif sur les rendements des céréales.

Commençons par les premières causes ci-dessus mentionnées : les perturbations surtout printanières, estivales, venues en trop grand nombre de l'espace océanique, les ciels mouillés, les soleils brouillés, le tout pourrissant les moissons sous l'excès des pluies, et produisant à l'âge médiéval ou moderne de vraies famines ou de simples disettes (...). On mentionnera à ce propos les célèbres famines de 1314-1316 en Europe occidentale et centrale, où des historiens médiévistes ont souvent vu la fin du beau Moyen Age gothique. Années trop humides, pluies incessantes, mauvaises moissons, grosses mortalités (...) ne manquent pas jusqu'à la fin du petit âge glaciaire - disons vers 1860. Surtout en France, la grande famine de 1693, extraordinaire catastrophe nationale préparée par des abats d'eau incessants et par une pluviométrie trop considérable dès l'été et l'automne 1692. Bilan de ces années diluviennes, famineuses, et du coup épidémiques en 1693 : 1 300 000 morts supplémentaires sur une population "hexagonale" de 20 millions de personnes. Ce qui ferait, aujourd'hui, la démographie ayant triplé, 3 900 000 décès supplémentaires, - près de 4 millions de personnes en notre temps. (...) Par ailleurs, l'excès des pluies pendant plusieurs années, de 1648 à 1650 et de 1827 à 1831, a compliqué, par de grosses chertés du pain nées du déficit des récoltes, les alentours chronologiques de la première Fronde (1648-1650) et ceux de la révolution de 1830 (...).

Des grands hivers, celui de 1709 reste le plus considérable qu'on ait connu en Europe depuis cinq cents ans. Il a déclenché la famine par destruction des blés en herbe en raison du gel (...) provoquant de la sorte, par ricochets divers, 600 000 morts additionnels en France (...) morts un peu de froid, un peu plus souvent de faim, mais surtout à cause des habituelles épidémies collatérales, typhus, dysenterie, fièvres, etc. (...). On citera quand même le grand hiver de 1829-30 portant préjudice aux semis des céréales, et contribuant ainsi à la cherté des subsistances lors des prodromes de la révolution, essentiellement politique, elle, des Trois Glorieuses, lors de l'été qui va suivre, en juillet 1830.

(...) Il me reste à identifier le troisième larron ou le tertius gaudens : l'anticyclone des Açores, lui-même responsable, rarement mais rudement, de crises frumentaires et/ou mortalitaires telles qu'en 1420, 1719, 1788, 1811, 1846 (...). L'an 1788, si l'on peut dire, c'est un "modèle". (...) La récolte de 1788 est diminuée d'un tiers, les prix du blé montent en flèche, les émeutes de subsistance sont dans la rue jusqu'au 13 juillet 1789 - drôle de façon de célébrer le 14 Juillet et la prise de la Bastille avec une journée d'avance. Et tout ceci, c'est l'une des composantes de 1788-89 - il y en a bien d'autres, certes, non pas climatiques, mais budgétaires, politiques -, la mauvaise météo restant quand même l'un des éléments de ce complexe nexus causal, lequel précipitera à court terme la révolution de 89 (...).
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